
Le bois vert, fraîchement coupé, contient encore une grande quantité d’eau. Cette humidité rend les fibres plus souples et facilite considérablement la coupe. Le couteau pénètre plus facilement, l’effort physique est réduit.
Pour les débutants, le bois vert offre un cadre d’apprentissage particulièrement favorable. Les erreurs se corrigent plus aisément et le geste peut se développer sans lutte excessive contre la matière. En revanche, le bois vert nécessite une gestion attentive du séchage.
Lorsqu’une cuillère est sculptée dans du bois vert, le séchage devient une étape déterminante. Le bois est un matériau anisotrope : il ne se rétracte pas de manière uniforme dans toutes les directions. Le retrait est plus important tangentiellement (le long des cernes de croissance) que radialement (du cœur vers l’écorce). Cette différence de comportement crée des tensions internes qui peuvent provoquer des fissures, en particulier au niveau du cuilleron, des extrémités ou des zones les plus fines.
Le risque de fissuration est accentué lorsque le séchage est trop rapide. Un air sec, chaud ou ventilé entraîne une évaporation brutale de l’eau contenue dans les fibres de surface, alors que le cœur du bois reste humide. Ce différentiel crée des contraintes mécaniques que le bois ne peut absorber.
Plusieurs pratiques permettent de limiter ces phénomènes. Le séchage lent est fondamental : conserver la cuillère dans un environnement frais, à l’abri des courants d’air, ralentit l’évaporation. Beaucoup de sculpteurs placent leurs cuillères en cours de séchage dans un sac en papier, une boîte en bois ou un linge humide afin de créer une atmosphère tampon.
La protection des zones sensibles est également courante. Enduire les extrémités du manche ou le dos du cuilleron d’une substance limitant l’évaporation (huile, cire, colle à bois diluée, voire cire naturelle) permet d’équilibrer la perte d’humidité. Cette pratique, largement utilisée en tournage sur bois vert, trouve toute sa pertinence dans la sculpture des cuillères.
Il est enfin important d’accepter que le séchage fasse partie intégrante du processus. De légères déformations, un gauchissement subtil ou une asymétrie discrète ne sont pas des défauts mais l’expression du matériau vivant. Apprendre à anticiper ces mouvements — en laissant un peu plus d’épaisseur dans certaines zones ou en retravaillant la cuillère après un premier séchage — fait partie de l’apprentissage.
Le bois sec, de son côté, a déjà traversé ces phases de retrait. Il offre une stabilité supérieure mais demande une gestuelle plus affirmée et un affûtage rigoureux. Bois vert et bois sec ne s’opposent donc pas : ils correspondent à des moments différents de la pratique. Beaucoup de sculpteurs commencent par le bois vert pour apprendre, puis explorent le bois sec pour affiner leur maîtrise.
